|
|
|
La
représentation chez
l'animal.


Magots emprisonnés sur la Place
Jemaa-El-Fnaa,
Janvier 2007
©Photos
Michel Aymerich
La
psychologie ordinaire attribue aux
animaux des états mentaux, des émotions, des intentions
similaires à ceux de
l’homme, en opposition avec Descartes et son mouvement de
pensées. Chacun, dans
son quotidien, peut attester cet avis par l’expérience
vécue avec son animal de
compagnie, et les anecdotes qui en découlent. Cependant, cette
pensée, ne peut
être validée que par des expériences
confrontées à des études scientifiques.
Dès le
XIXème siècle, des chercheurs se sont consacrés
à cette tâche.
Ainsi, Thorndike (1898) a étudié le comportement de
l’animal mais, de façon
restrictive, c’est-à-dire uniquement dans le cadre du
laboratoire. Watson
(1919), quant à lui, s’est employé aux observations. Puis
Skinner (1938)
développa l’étude du comportement de l’animal en fonction
des stimulations
environnementales. Ce qui déboucha sur l’école
behavioriste. Et Tolman (1932)
enrichit ces études en précisant qu’il existait des
variables intermédiaires
intervenant entre les entrées sensorielles et les sorties
motrices.
Avant
toute chose,
il est donc, nécessaire de différencier :
- Les représentations que se fait l’animal
de son environnement, (enaction)
- Des
réponses ou réactions induites par
cette représentation.
Qu’est-ce que la
représentation ?
Pour reprendre
la définition de Jacques
VAUCLAIR, « la
représentation peut se décrire comme isomorphisme fonctionnel entre un (ou plusieurs) aspect de
l’environnement et des processus comportementaux et nerveux qui
permettent d’adapter le
comportement
de l’animal à cet (ou
ces) aspect de l’environnement.»
Selon
Köhler, scientifique allemand du
début du XXème siècle, l’isomorphisme fonctionnel
porte sur des modes de
fonctionnement, des processus construits et analysés
mathématiquement, que l’on
met en rapport avec des modalités de l’expérience. Ainsi,
pour être plus
précis, cela renvoie au concept de traitement de l’information
dépendante de
l’expérience, ce que Köhler nommait l’insight.
De ce fait,
traiter l’information sensorielle ou perceptive suppose de
se faire du stimulus (de l’environnement) une représentation
mentale
encourageant un calcul ou des procédures combinatoires. La
représentation
mentale ne consiste pas en un étiquetage du
« réel » environnant,
mais en un outil d’interprétation. De façon
schématique, la représentation
mentale peut être assimilée à un
« étalon » permettant la mesure
d’autres objets.
Selon la
conception behavioriste, c’est-à-dire couple
stimulus-réponse
ou action - réaction, la perception de l’environnement,
liée à l’effet de
l’expérience, encouragerait une généralisation
mentale. Alors, si en l’absence
du stimulus, l’organisme est capable, malgré tout, de produire
une réponse
adaptée à la situation, cela signifie que le sujet se
fait une représentation
d’une ou plusieurs propriétés d’une expérience
antérieure, celle-ci servant,
alors, d’indice pour choisir la réponse appropriée. Cette
théorie est largement
prouvée par les techniques d’apprentissage.
Les
phénomènes de
conscience chez les animaux :
Griffin (1976, 1978) a cherché à identifier les
phénomènes de conscience
chez les animaux à travers l’analyse de leurs comportements
naturels spontanés.
Cependant, une confusion peut se produire entre l’expérience
mentale et la
représentation mentale.
Ainsi, l’analyse des phénomènes de conscience chez les
animaux peut être
fortement entachés par des interprétations
anthropomorphiques en matière de
représentation de soi.
De la sorte, Gallup (1970) a mené
des expériences de reconnaissance de
soi dans un miroir chez des chimpanzés. Mais est-il possible
d’associer la
reconnaissance de son image corporelle à la conscience de soi,
c’est-à-dire la
capacité à se représenter soi-même comme
autre pour un autre ? Des études
similaires furent menées avec des dauphins qui, en effet, se
reconnaissaient
dans un miroir et étaient capable d’aller effacer une
tâche déposée sur leur
nageoire dorsale, en se frottant sur le sable, jusqu’à ce que
celle-ci ait
disparue dans le reflet.
Néanmoins,
la conscience de soi peut s’étudier conjointement à
l’analyse
des phénomènes anticipatoires et d’intentionnalité
prêtés à l’autre. Les
animaux prêtent des intentions aux autres et cela est largement
démontré par de
nombreuses expériences. Von Frisch (1967) a constaté que
même les insectes
prêtaient des intentions aux autres. Il étudia un essaim
d’abeilles dont
l’expérimentateur déplaçait à chaque essai
la source de nourriture. Il plaçait
la nourriture de plus en plus loin. Très rapidement, les
abeilles, ayant « compris »
le procédé, anticipaient ces déplacements et se
rendaient d’emblée à l’endroit
présumé où la nourriture devait se trouver.
Enfin, lorsqu’un animal se sent en
danger, ne prête-t-il pas des
intentions à l’autre ? La proie ne se pense-t-elle pas
« objet de
désir » … alimentaire face à un
prédateur ? Est-ce que cela ne
souligne pas la conscience de soi de l’animal ?
La conscience
comme représentation du monde et des réactions
dépendantes du contexte.
La
conscience peut se définir comme la
connaissance qu’a un sujet de ses actes, ses pensées et ses
sentiments.
Il
existe :
- 1)
la conscience immédiate qui renvoie à
la présence que le sujet a de lui-même au moment où
il agit : il se
représente à lui-même dans l’agir, le sentir ou le
penser.
- 2) La conscience réfléchie ou seconde qui
correspond à la capacité de faire retour sur ses actes
pour les analyser.
Dans
tous les cas, la conscience, la capacité de faire retour sur
soi,
est toujours conscience de soi. De ce fait, le sujet est capable de
penser le
monde qui l’entoure, il se représente son environnement.
Husserl, philosophe
français du début du XXème siècle,
soutenait que « la
conscience est
toujours conscience de quelque chose ».
Descartes affirme dans les Méditations
Philosophiques que "l'âme
est un rapport à soi", « cogito
ergo sum », cela signifie que la conscience se pense
comme objet, c’est la représentation
de
sa propre existence,
corrélée à la pensée de la mort. La
conscience est alors bien, conscience de
soi, ou réflexive. En outre, Descartes exprime « par le mot de penser, […] tout ce qui se fait (en nous) de telle sorte que nous l’apercevons
immédiatement par nous-même » (Principes
de la philosophie).
Egalement, « Se connaître » signifie
nécessairement « se
connaître dans ses rapports au monde ». De plus,
en médecine, il est
considéré que la conscience de soi est une des fonctions
vitales de tout sujet, qui permet de réagir aux situations, de
bouger et de
s’exprimer spontanément. Enfin, l’état de
conscience est déterminé par
l’état neurologique de l’individu.
Ainsi, Il est donc possible d’affirmer
que ce qui est nommé
« instinct de survie » correspond à la
conscience de soi du sujet. Alors,
les animaux possèdent donc, une conscience de soi.
Marylise
POMPIGNAC POISSON, Psychothérapeute Psychanalyste, Formatrice en
psychologie
Le
Jardin d'Athéna, refuge LPO, La Bougrière, 44850
Saint Mars du Désert
e-mail:
marylise.po@hotmail.fr
|
|